« Suivre son coeur » et « Ensemble »

Gardienne de la terre, enseignante, guérisseuse, Brooke Medicine Eagle vit simplement et en harmonie avec la nature. Brooke est l’auteure du livre «Marcher sur le chemin sacré de la Femme Bison-Blanc», paru aux Éditions Vega.

 

Suivre son cœur

Nous devons aujourd’hui apprendre à suivre la voie du cœur, à laisser le cœur, l’amour régner en maître dans notre vie. Parce que l’amour est la plus grande force sur Terre. C’est le grand Créateur, le Soleil derrière tous les Soleils. Et la création repose sur l’amour. Hélas, notre monde nous a appris à ne pas suivre notre cœur. Or si nous commençons à trouver l’amour qui est en nous, et à le traduire en actes, un changement s’opèrera dans le monde. C’est pourquoi les gens doivent absolument retrouver l’amour en eux, pas en tant qu’idée ni même en tant qu’émotion, mais qu’ils le ressentent dans leur corps. Qu’ils s’interrogent « Où est-ce que je ressens ça ? Dans la poitrine ? Dans la gorge ? Au visage ? Dans les bras peut-être ? Où est-ce que je ressens ça dans mon corps ? » Et qu’ils pratiquent régulièrement cet exercice. Parce que l’amour ressenti dans le corps est la ressource la plus puissante dont ait jamais disposé l’être humain. Et elle est extraordinairement apaisante parce que le cœur est le plus grand raisonneur qui soit. Un cœur stable, qui envoie des ondes positives, tient toujours les forces d’un être en équilibre et donc, tous ses autres organes également. Il n’y a pas, selon moi, de meilleure voie à suivre que celle du cœur. Ce qui signifie d’abord trouver l’amour en soi. N’oublions pas que le Créateur nous abreuve d’amour chaque jour, à chaque instant, et que notre Mère la Terre nous aime, elle aussi. Tout cet amour est donc toujours présent, toujours disponible, il est sans limites. C’est pourquoi, penser que l’amour doit venir de l’extérieur, attendre qu’il vienne de quelqu’un d’autre, et croire que nous en serons dépourvus si ce quelqu’un d’autre ne nous le donne pas, est une erreur. Mais pour le comprendre il faut apprendre à le sentir, cet amour, à l’éprouver, avant de le mettre en pratique. Pour avoir un aperçu de cet amour qui vit en vous, vous pouvez penser à un moment où vous avez aimé quelqu’un, peut-être un petit enfant qui était dans vos bras, ou votre animal favori, ou bien un arbre magnifique sur votre chemin. Mais pour éprouver véritablement cette sensation, prenez-en pleinement conscience puis expérimentez-la. Puisque cet amour est en vous, il vous appartient de le faire grandir et de l’offrir autour de vous. N’attendez pas qu’il vienne d’ailleurs que de vous-même. En outre, l’amour est la seule chose qui soit éternelle ; tout le reste meurt. Mais ce que nous avons créé dans l’amour, ce que nous avons conçu dans l’amour, ce que nous avons fait avec le cœur, à chaque instant, nous accompagne, pour l’éternité.

Ensemble

En tant que famille humaine, nous tirons notre pouvoir du fait que nous travaillons, vivons, créons ensemble. Au fil de notre période d’évolution, nous avons vécu dans une famille élargie, en petits clans. Il n’y a que très peu de temps que nous vivons séparés. Et je pense que quand nous nous sentons seuls – et nous le sommes, en vérité – quand il n’y a pas de réseau familial, local, auquel nous raccrocher, nous sommes stressés, une sorte de stress inconscient s’installe en permanence. Parce qu’être seul n’est pas humain. Être ensemble, reliés les uns aux autre, nous aimer, veiller les uns sur les autres, c’est cela qui est humain. La chose la plus efficace que l’on puisse faire ici bas, c’est prendre conscience de ce qu’en nous reliant les uns aux autres, d’un cœur aimant, non seulement nous pouvons résoudre bon nombre de nos problèmes personnels, mais plus encore cela aura une incidence sur notre manière de consommer. Car lorsque nous nous sentons heureux, reliés aux autres, aimés, nous n’éprouvons plus le besoin d’acheter une belle robe, une voiture flatteuse ni tout ce que la télévision nous enjoint de posséder pour être bien dans notre peau. Cela vient tout naturellement, c’est une question de connexion entre les êtres humains. Chez les Amérindiens, les cercles sont extrêmement importants. On vise toujours le consensus. Il ne s’agit pas de détenir une majorité, ni de s’opposer les uns aux autres, mais de se rassembler pour prendre les meilleures décisions possibles. La force vient alors de ce que tout le monde y adhère. De plus, les membres du cercle sont tous égaux. Quand mon tour vient de prendre la parole et que l’on me transmet le bâton, les autres m’écoutent vraiment, et non seulement ils m’écoutent, mais ils me transmettent toute l’énergie dont ils sont capables : parce qu’ils souhaitent que moi aussi j’apporte ce que j’ai de mieux, et cela les aide également. Autour de ce cercle, chacun apporte une énergie positive. J’aime l’idée de ce cercle parce que chacun peut s’approcher, tout le monde est présent, chacun éprouve le besoin de s’exprimer, d’apporter son énergie et d’offrir ce qu’il a de mieux à offrir. Ainsi, quand nous nous entraidons pour donner le meilleur de nous-mêmes et l’amour qui est dans notre cœur, nous offrons très naturelle- ment au monde aussi ce que nous avons de meilleur. Et le fait est que, reliés les uns aux autres, nous sommes très puissants. C’est quand nous sommes séparés et divisés que d’autres forces prennent le pouvoir. Nous devrions pouvoir nous rassembler, que ce soit pour élever les enfants, prendre soin de notre environnement ou du reste, décider tous ensemble – en Amérique, bien sûr, mais aussi ailleurs –, afin de nous gouverner nous- mêmes, nous réunir pour nous porter assistance, autrement dit nous nourrir et nourrir la terre au lieu de nous empoigner à ce sujet. La Femme Bison Blanc dont je parle dans mon livre a précisément choisi la voie de la complétude et de la sanctification, du caractère sacré de la vie. Pour elle, nous sommes bel et bien tous reliés. Les scientifiques eux-mêmes, discutent dorénavant du champ de l’unification, de cette grande interconnexion du tout, de l’absence de séparation. C’est pour cela qu’il faut s’en remettre à notre cœur plutôt qu’à notre esprit, pour que ce sentiment d’appartenance se rappelle à nous et que nous commencions à nous respecter les uns les autres, qui que ce soit – vous, moi, ou les abeilles qui assurent la pollinisation de nos champs, ou les arbres qui purifient notre eau et nous fournissent de l’air. C’est ainsi que se rassembler dans l’unité, le respect et la rigueur prendra tout son sens et bénéficiera à chacun d’entre nous.

 

Article paru dans Happinez (Juillet 2017). Propos recueillis par Agathe Lebelle et Nathalie Cohen.