« Le cycle menstruel » par Vicki Noble

La complétude du cycle menstruel est la base de l’autorité et du pouvoir de la femme. Pensez à la façon dont les scientifiques ont dit que les cerveaux des humains étaient séparés, gauche et droit. Cependant, les femmes ont un corps calleux ouvert qui permet à leurs deux hémisphères de communiquer de façon intégrative. Comme je l’ai écrit dans « Double Goddess », les femmes sont naturellement bipolaires. D’une bonne façon ! Si nous créions un monde à nous, les cycles seraient respectés et nous suivrions le flux et le reflux de la Nature et des saisons, au lieu d’être dans une société obsédée par la croissance.

Les femmes saignant en même temps était un phénomène magique très significatif. Et les femmes, sans aucun doute, ovulaient ensemble également et accouchaient à la même période. Les mystères du sang étaient ainsi un phénomène de groupe, par nature, la communauté étant organisée autour de ces rituels communs partagés par toutes. Les Moon Lodges des femmes autochtones amérindiennes dans lesquelles les anciennes racontent des histoires et éduquent les jeunes femmes durant leur saignement (leur temps de lune) est une rémanence de cette tradition. Ceci est mon opinion bien sûr. Non un fait tiré d’un livre.

Lorsque les femelles primates ont leurs chaleurs, elles perdent un peu de sang (deux ou quelques fois par an) pour faire savoir aux mâles de leurs espèces qu’elles sont fertiles et prêtes à la procréation. Les femmes, elles, n’ont plus de chaleurs, et au lieu ont adopté ce cycle lunaire bipolaire au cours duquel elles ont leurs saignements (et ne sont pas fertiles), et ovulent (et sont fertiles).

Les bonobos avec leur organisation matriarcale sont très intéressants parce que, bien que les femelles aient des chaleurs, les bonobos ont, comme l’appellent les anthropologues, une réceptivité sexuelle continue. Ce qui veut dire qu’ils ont une activité sexuelle autre que celle liée à la simple activité de reproduction, tout comme ils ont une sexualité entre mâles et entre femelles de façon régulière, avec autant d’enthousiasme que la variété hétérosexuelle.

Ceci est la théorie centrale de mon travail sur le matriarcat : que le cycle menstruel synchronisé avec la lune soit le « saut » qui aurait fait de nous des humains, nous différenciant ainsi des primates dont nous sommes si proches (les chimpanzés et les bonobos). Les mots pour menstruation viennent d’une racine qui veut dire : rituel, mesure, mental… Pensez aussi à l’organisation MENSA, qui admet les personnes censées être les plus intelligentes au monde. Et au travail d’Alexander Marshak sur la périodicité lunaire, les anciennes traditions organisées autour d’une figure matricielle féminine, les calendriers lunaires comme artéfacts…

Ma théorie est que la société a été matriarcale depuis le début de nos origines et que ceci a duré 200.000 ans ou plus jusqu’à ce que le patriarcat émerge il y a à peu près 5.000 ans. Et que les sociétés matriarcales encore vivantes maintenant sont des rémanences de ces religions et cultures partagées dans le monde entier. Le patriarcat en est une divergence simpliste et cependant puissante par son côté destructeur.

Judy Grahn fait également ce parallèle dans son ouvrage « Blood, Bread and Roses » en citant Chris Knight. Sa théorie est que « la menstruation a créé la culture ». Son livre est sorti en même temps que « Femme Shakti » dont les recherches du premier chapitre révèlent l’importance du cycle menstruel et lunaire comme base de l’autorité de la femme.

Depuis des années, j’insiste sur toutes ces idées, tandis que l’industrie pharmaceutique fait de son mieux pour convaincre les jeunes femmes qu’il n’y a pas de besoin médical à avoir des menstruations et qu’elles devraient se faire des piqures pour s’en débarrasser. Puisque beaucoup de jeunes femmes prennent la pilule contraceptive, c’est de fait déjà le cas.

Rejoignez-moi dans ce combat. C’est là que résident la base de notre sororité et « le contexte matriarcal » dont parle Mary Daly dans son livre « Gyn/Ecology ».
Vicki Noble
www.vickinoble.com

Texte traduit par Claire Jozan-Meisel
www.lunafemina.com